Monsieur le Ministre,
La justice est le pilier de toute démocratie. Pourtant, au Sénégal, accéder à la justice reste un parcours du combattant pour la majorité des citoyens. Les plus vulnérables — femmes victimes de violences, travailleurs exploités, paysans spoliés de leurs terres — renoncent trop souvent à faire valoir leurs droits.
Les obstacles à l'accès au droit
Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- L'éloignement des tribunaux : 7 régions sur 14 ne disposent pas d'un tribunal de grande instance. Les justiciables doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres
- Le coût des procédures : frais d'avocat, de justice, d'huissier... Une procédure civile simple peut coûter plusieurs centaines de milliers de francs CFA
- La méconnaissance des droits : la majorité des citoyens ignorent leurs droits fondamentaux et les voies de recours disponibles
- La lenteur judiciaire : des affaires traînent pendant des années, décourageant les justiciables
- La barrière linguistique : les procédures se déroulent en français alors que 60% de la population ne maîtrise pas cette langue
Nos revendications
- Créer des Maisons de Justice dans chaque département, offrant information juridique gratuite, médiation et assistance
- Élargir l'aide juridictionnelle pour que tout citoyen démuni puisse être défendu gratuitement
- Numériser les procédures pour permettre le dépôt de plaintes et le suivi des dossiers en ligne
- Traduire les textes de loi fondamentaux en wolof, pulaar, sérère, diola et mandingue
- Former des parajuristes communautaires capables d'orienter et d'accompagner les justiciables dans les zones rurales
La justice, fondement du contrat social
Monsieur le Ministre, quand un citoyen perd confiance en la justice, c'est tout le contrat social qui s'effrite. Les injustices non réparées nourrissent la frustration, la résignation, et parfois la révolte.
Une société juste n'est pas celle où la loi existe sur le papier, mais celle où chaque citoyen peut effectivement y recourir pour défendre ses droits.
Nous vous appelons à faire de l'accès au droit une politique publique prioritaire, dotée de moyens à la hauteur de l'enjeu.
Réseau Citoyen pour l'Accès au Droit