Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République du Sénégal
Objet : De l’urgence de préserver la rupture républicaine face à l’institutionnalisation de la "Fondation Nationale Sénégal Solidaire"
Monsieur le Président de la République,
C’est avec le plus grand respect pour la haute fonction que vous incarnez, mais également avec un profond sentiment de déception et de désarroi, que je m’adresse à vous ce mercredi 8 avril 2026.
En tant qu'observateur attentif de notre vie publique et des dynamiques sociales et diplomatiques de notre pays, je me fais le devoir de vous interpeller sur un événement qui, à mes yeux, heurte les principes républicains que vous avez juré de défendre. J'ai pris connaissance avec stupéfaction de l'invitation marquant, ce jour, le lancement officiel des activités de la "Fondation Nationale Sénégal Solidaire", couplé à la pose de la première pierre du Centre de Dépistage des Cancers de la LISCA, sous l'égide de Mesdames Marie Khone Faye et Absa Faye, officiellement présentées sur ce document comme "premières dames".
Monsieur le Président, bien que la cause médicale et humanitaire ciblée par cette initiative soit noble et incontestablement vitale pour nos populations vulnérables, la démarche politique et institutionnelle qu'elle sous-tend est profondément problématique. Elle va, pour être franc, à l’encontre de tout ce pourquoi le PASTEF s’est battu avec tant de ferveur et de sacrifices. Le socle de votre élection fut la promesse d'une rupture systémique, d'une gouvernance vertueuse et de l'orthodoxie républicaine. Or, il est un fait juridique et institutionnel incontestable : le statut de "Première Dame" n’est pas reconnu par la Constitution du Sénégal. L'utiliser sur un carton d'invitation officiel, adossé à une "Fondation Nationale", relève d'une confusion des rôles que vos partisans ont pourtant âprement dénoncée par le passé. Nous gardons tous en mémoire le précédent fâcheux laissé par la fondation de l'épouse de l'ancien président.
Ce mélange des genres entre les deniers publics, l'influence étatique et le mécénat privé a créé une opacité institutionnelle que le peuple sénégalais a fermement sanctionnée dans les urnes. Reproduire ce schéma, sous quelque forme que ce soit, c’est réveiller les fantômes d’une gestion patrimoniale de l’État que nous pensions définitivement révolue. L'élégance démocratique et la sérénité de notre nation exigent que les membres de la famille présidentielle, bien qu'ils méritent tout notre respect, demeurent en dehors de la sphère de l'action publique institutionnalisée, afin de préserver l'impartialité absolue de l'État.
Appel à la Nation et à la vigilance citoyenne parce que la démocratie est une vigilance de tous les instants, je m'adresse également aujourd'hui à mes chers concitoyens. Peuple sénégalais, vous qui avez tant lutté pour l'équité, la transparence et la séparation claire entre la famille et l'État, nous ne pouvons rester silencieux face à ce qui s'apparente à un recul de nos acquis démocratiques. J'appelle à la création immédiate d'une pétition nationale, pacifique, courtoise mais résolument ferme, pour demander que cet acte soit un mort-né sur le plan institutionnel. Demandons respectueusement que l'action caritative reste strictement privée, sans utiliser les attributs, le titre, ou l'influence du sommet de l'État. Monsieur le Président, je sais que votre cœur bat pour la justice et que votre mandat est guidé par l'écoute de votre peuple.
C'est dans cet esprit d'exigence et de courtoisie républicaine que je vous prie d'entendre ce cri d'alerte, afin de corriger cette trajectoire et de maintenir intacte la pureté de la rupture que vous incarnez. Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.
Souleymane Diouf Citoyen sénégalais et engagé pour la République du Sénégal